Actuellement, dans les rues de Dakar, je vois des annonces peu communes : des écoles réputées dans l’enseignement supérieur élargissent leur champ d’intervention pour couvrir désormais les cycles primaire et secondaire.
Cela m’interpelle et, je dois l’avouer, m’attriste. J’y vois un signal préoccupant sur l’état de notre éducation publique et sur le choix, de plus en plus contraint, de parents qui se tournent vers ces écoles privées pour avoir l’assurance d’un bon cadre d’apprentissage et d’un suivi régulier de l’éducation de leurs enfants.
Mais cette situation ne peut durer indéfiniment.
Le coût de ces formations n’est pas accessible à toutes les familles. Et si cette tendance se poursuit, elle risque de creuser davantage les inégalités sociales et de privatiser progressivement l’excellence.
Déjà, dans nos politiques éducatives, nous peinons à sortir d’une logique d’entretien de l’excellence pour aller vers des méthodologies et des cursus plus inclusifs, permettant la réussite du plus grand nombre plutôt que la sélection d’une minorité privilégiée.
L’école publique ne doit pas mourir. Il faut veiller à ce qu’elle retrouve ses lettres de noblesse.
Pendant plus d’un siècle, elle a contribué à former, à éduquer et à permettre des trajectoires sociales extraordinaires. Cette chance, offerte à des générations d’enfants, ne doit pas se perdre pour celles qui viendront après nous.
Nous devons leur laisser en héritage une offre publique d’éducation de qualité, capable de former des citoyens informés, compétents et brillants, grâce à des programmes inclusifs qui répondent aux défis de notre société et aux ambitions de notre nation.
Mais pour cela, il nous faut sortir de la politique de l’autruche et regarder en face le danger qui guette nos enfants, nos neveux et nos nièces.
Car l’école publique semble toujours confrontée à des maux que nous connaissons depuis vingt ans, voire davantage : des classes pléthoriques, un manque de professeurs, des environnements d’apprentissage inadaptés et des infrastructures parfois délabrées.
Comment pouvons-nous espérer une réussite collective si les conditions d’apprentissage ne permettent pas à chaque enfant de développer pleinement son potentiel ?
Comment accepter que la qualité de l’éducation dépende de plus en plus de la capacité financière des parents, alors que l’école devrait justement contribuer à réduire les inégalités sociales ?
La question n’est pas de condamner les écoles privées, qui ont leur place dans notre système éducatif. Elle est de rappeler que l’école publique doit rester une priorité nationale et que sa qualité ne peut être abandonnée à la seule initiative des familles qui ont les moyens de chercher ailleurs.
L’excellence ne devrait pas être un privilège que l’on achète, mais une ambition que nous construisons collectivement.
Nous devons regarder cette réalité en face et agir pour que l’école publique retrouve sa capacité à instruire, à élever les ambitions et à offrir à chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, une véritable chance de réussir.
Car ce que nous transmettrons aux générations futures ne se résume pas aux infrastructures que nous aurons construites ou aux réformes que nous aurons annoncées. Ce sera aussi la qualité de l’éducation que nous aurons su préserver et rendre accessible à tous.
L’école publique ne doit pas être le choix par défaut de ceux qui n’ont pas les moyens d’aller ailleurs. Elle doit redevenir un choix de confiance, de qualité et d’ambition pour toute la nation.
